Lise nous raconte son expérience de serial entrepreneuse à San Francisco !

 

 

 

 

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Carte d’identité

Prénom : Lise
Age : 42 ans
Situation personnelle : Mariée, 1 enfant
Situation professionnelle : Serial entrepreneuse, directrice de l’école Les Kidz, French-American preschool  (2 ans-5 ans)
Pays et ville d’origine : France, Paris, Lyon, Grenoble, le Vercors
Pays et ville d’accueil : San Francisco, USA
Type et durée du visa : E2, 5 ans
Date de début de l’expatriation : 2013
Partenaire d’expatriation : Mon épouse, mon fils
Motif de l’expatriation : Découvrir le monde !
Site : http://www.leskidzsf.com/

 

Présentez-vous ?

Je suis Lise, je suis mariée, un enfant. J’ai crée une petite école Française à San Francisco. J’y apprends le français à de jeunes enfants (2-5 ans). Je travaille avec des familles de nationalités très diverses : Américaines, Franco-Américaines, Indienne, Franco-Brésilienne…

Je mets l’accent sur le bio, le grand air, l’égalité des genres car même à SF, c’est un combat. Et l’inclusion de toutes les familles.

Au sujet de l’égalité des genres, je viens d’écrire et d’illustrer un livre : Les Jouets n’ont pas de zizi ! Toys don’t have private parts. Le livre est bilingue (Fr/Eng) avec une version audio.

C’est l’histoire de Nath qui aime tous les jouets et ne comprend pas pourquoi les garçons ne devraient jouer qu’avec des jouets de “garçon” et les filles des jouets de “fille”. Les jouets n’ont pas de zizi !

J’ai lancé une campagne de financement participative pour financer l’impression. Pour voir le projet, contribuer, c’est ici: http://kck.st/2g4zyFj

Quelle est l’adresse de votre blog ?

Je fais un blog pour l’école pour montrer aux parents actuels et futurs ce que l’on fait à l’école. Je développe des partenariats avec des français locaux, des artistes par ex. Je vais développer un coin recettes.

J’ai de bons retours, les parents sont contents.

Votre vie avant votre expatriation

Comment était votre vie dans votre pays d’origine ?

Pour faire bien, il faudrait une réponse très longue. En rapide, j’étais 1ère assistante réalisatrice pour le cinéma. J’ai de supers ami-e-s que je vois dès que je reviens en France, une famille formidable que j’adore. Je vivais à Paris et le grand air me manquait. Paris, je trouvais ça génial à 20 ans. A 35 ans, la pollution, le bruit étaient devenu étouffant. J’aime y revenir en touriste plus pour les gens que pour la ville d’ailleurs.

Pour quelles raisons vous êtes vous expatrié ?

Découvrir le monde ! Nous faisions des documentaires, des films avec ma femme – nous n’étions pas mariée à l’époque puisque ce n’était pas possible. Nous avons fait le tour du monde et nous sommes tombées amoureuses de la Nouvelle-Zélande. Nous avons fait en sorte d’y vivre un peu plus longtemps. Nous y sommes restées 3 ans. Et puis San Francisco est venu. Une ville mythique, surtout lorsqu’on est gay. Les rues de San Francisco, ses chroniques, Madame Madrigal…

 

Votre vie à l’étranger

Comment s’est passé votre départ ?

Quand nous sommes partis de France, nous avions choisi de garder pas mal d’affaires dans un garde meubles. Sur le moment, nous ne savions pas que nous allions enchainer de la NZ à SF. Du coup, après 6 ans de garde-meubles, nous avons fini par le liquider. On conserve toujours trop de choses. Nous avons déménagé le moins d’affaires possible par cargo. Le Fret aérien est très cher et nous ne déménagions pas notre lit. Les choses importantes tenaient dans nos valises. Tout s’est très bien passé dans tout les sens, France-NZ-SF.

Comment se sont passées les premières semaines sur place ?

A Wellington, notre première expatriation, tout était génial. Tout était là, accessible, la ville, l’espace, la mer, les paysages grandioses, la gentillesse des gens, la culture Anglo-Maori très forte. Tout est a portée de main sans que tu te sentes à l’étroit. Le bien-être individuel et familial domine. Vivre bien est l’essentiel pour les gens. Ça aide à une acclimatation rapide.

A SF, c’est très différent. Tout est très très cher, donc ça change énormément ton approche des choses. Le kilo de tomates te coûte une fortune, trouver un logement lumineux relève du défi. Tout est très inégale. Les routes, les services… Tu gagnes énormément d’argent mais tu en dépenses presque autant. A côté des considérations matérielles – que tu as du mal à occulter – les gens sont très accueillants et bienveillants. Tout le monde parle avec tout le monde, c’est très agréable. Et la ville est plus que LGBT friendly. Un vrai souffle d’air frais après avoir subi les errances bruyantes et répétitives de la Manif pour tous en France.

Qu’est ce qui vous plaît dans votre vie à l’étranger ? Qu’est ce qui vous plaît moins ?

Le dépaysement, l’aventure, la découverte d’autres modes de vie. Apprendre. Par contre au bout de 6 ans et demie d’expatriation, la famille et les amis en France commencent à manquer. On rate pas mal de moments importants. Bien sûr il y a skype, whatsapp, et même la poste, mais comme le disait Simone de Beauvoir: « Ça ne rapproche pas le téléphone, ça confirme les distances ». C’est très vrai. Surtout quand il y a des enfants, petits enfants qui te font voir à quel point le temps passe. Et un anniversaire par skype, restera un anniversaire par skype.

Par rapport à votre pays d’origine, qu’est ce qui est mieux ? Qu’est ce qui est moins bien ?

C’est très différent. En tant que Français, nous sommes beaucoup plus éloignés des Américains qu’on le croit. D’ailleurs essayer de faire des blagues à la française, ça tombera à plat. Ce n’est pas parce qu’on a été élevés avec Clint Eastwood qu’on connaît et qu’on a compris cette culture. Par ex, vous pouvez être invité chez des gens que vous ne connaissez pas du tout et quand vous arrivez, on attend que vous vous comportiez comme si vous étiez chez vous. La Help Yourself attitude ! Tu veux boire un coup ? Le frigo est là, fais comme chez toi. Ça fait un peu bizarre. Les conventions sociales donc sont très différentes, le rapport aux corps aussi (petites obsessions des microbes que j’ai encore du mal à comprendre si ce n’est par le coût des médecins peut-être), la rejet de la confrontation (tant que tu es du même avis, tout va bien, après si il y a débat, ça peut surprendre) …

 

Les caractéristiques de votre pays d’accueil

  • La mentalité des gens

Très sociales.

  • Le climat

Agréable, doux et ensoleillé. Sauf en Juillet et Août, le Fog est là et il fait froid.

  • Le logement

Le logement est le point qui fait le plus mal à SF. Les augmentations de loyers sont démentielles. Si tu es dans un logement qui n’est pas protégé par le rent control (système de la ville pour empêcher les augmentations de loyers abusives) tu peux passer de 4000 à 4500 l’année suivante. Ou même plus. Il n’y a pas de limite si ce n’est la régulation du marché lui-même. La diversité de la population de cette ville tient énormément avec le rent control. Sans ça, il n’y aurait que les gens de la tech qui pourraient s’y loger.

  • La nourriture

Quand tu rentres en France, tu as l’impression de retrouver la caverne d’Ali baba. Les yaourts, le jambon, le pain, le fromage…

  • La scolarisation

L’école publique commence à 5 ans mais il y a des exceptions. Les écoles publiques sont parfois bien différentes les unes des autres, horaires, enseignements (les programmes d’immersion de langue comme l’espagnol). Ils arrivent à conserver une sorte de diversité au sein des écoles avec ce qu’ils appellent la loterie. Tu appliques aux écoles que tu préfères mais c’est la ville qui décide à laquelle tu iras au final. Et le résultat peut aussi être une école qui n’est pas dans ta liste. Les parents ne parlent que de ça de janvier à août.

A côté de mon école, Les Kidz, il y a une école publique très « diversity inclusive ». Ils font de gros efforts sur les questions de genre. C’est la première école de San Francisco à avoir des toilettes mixtes.

Quand à mon fils, il a 7 ans et il est bilingue, oui.

  • Les vacances

Les Américains ont en général deux semaines de vacances par an. Moi, je me cale un peu plus sur les vacances scolaires.

  • La santé
(dans les grandes lignes) Vive l’Obama care ! Mais ça reste une goutte d’eau à côté du chantier qu’il y aurait à faire. Pour exemple un médicament que tu achètes 7 euros en France, tu le trouves à $100 ici. On est à plus de x10 ! La simple visite chez un médecin tourne autour de $250. Ton assurance maladie, si elle veut bien de toi (paramètre non négligeable), coûte pour une famille de deux adultes, un enfant, autour de 1500 dollars/mois. Et encore tu n’es pas couvert pour les dents, les lunettes, et les quelques autres exceptions écrites en petit en bas à côté de l’astérisque. Quand j’entends certains candidats à la présidentielle en France qui veulent privatiser la sécu, il faudrait envoyer leurs électeurs faire un stage par ici pour qu’ils puissent se rendre compte de ce que ça veut dire. Qui y-a-t-il de plus important que la santé des gens de ton pays ? Revoir le documentaire de Mickael Moore sur le sujet. Les gars allaient au Mexique pour se faire soigner car ils ne pouvaient pas payer les soins aux US. Ma voisine, a eu un cancer il y a quelques années, ils sont encore en train de rembourser l’emprunt qu’ils avaient fait pour payer l’hôpital, ils ne partent jamais en vacances. C’est le plus produit la santé privée.
  • La conduite

Tu dois passer le permis Californien, code et conduite. Pas trop compliqué mais il faut réviser.

  •  Ce qui coûte cher dans votre pays d’accueil / ce qui ne coûte pas cher 

Tout coûte très cher. Sauf le passage de permis de conduire tient.

Avez-vous des «habitudes» ?

Tu te mets à acheter en ligne. Les magasins n’ont presque pas de stock ni de choix. On a mis un moment pour comprendre où les gens achetaient leurs affaires. J’ai même vu une personne qui achetait les poissons pour son aquarium en ligne. Il est d’ailleurs commun de croiser des gens avec des chaussures trop grandes ou trop courtes. La joie du pile ou face de l’achat en ligne 😉 Moi j’ai réglé le problème, je travaille pieds nus.

Est-il facile de partir en weekend ?

Oui, je pense qu’il y en a à peu près pour tous les goûts. Musées, promenades, randos. Beaucoup de parcs, c’est très vert et très agréable.

Décrivez votre cadre de vie ?

Un texte que j’avais écrit pour un magazine il y a 3 ans et finalement ne se démode pas :

Nous sommes à San Francisco. Entre ville et nature, entre dimension Européenne et démesure Américaine. High-connected people et Hippies des années 60 versus 21ème siècle. Les mêmes drogues, les mêmes fringues, les mêmes idées. Les gens sont avenants, souriants, se parlent. Ils sont de toutes les couleurs, formes, religions, mouvances. Ils ont le droit d’être comme ils le souhaitent et tout cela s’autorégule dans la douceur. À San Francisco, les hommes peuvent être des femmes, les femmes des hommes, les milliardaires peuvent porter des sweets à capuche, avoir 20 ans et font le « buzz ».

J’étais à la caisse d’un supermarché en train de pâlir en voyant les chiffres défiler (SF est une ville très chère, de plus en plus chère, pas loin de l’extrêmement chère, plus les taxes). À la caisse du supermarché donc, mon caissier était brun, barbu, 25 ans, plutôt beau gosse, les ongles fait avec un superbe vernis rouge vermeil. Je vous laisse imaginer la même chose en France même si ce charmant jeune homme n’aurait jamais pu passer l’entretien d’embauche.

Au même moment, la personne qui empaquetait nos affaires commence à discuter avec mon fils, et tout à coup, le petit lui dit fièrement : « Moi, j’ai deux mamans ! ». La première fois qu’il me l’a faite celle-là, c’était dans le TGV entre Lyon et Grenoble. Il discutait avec le petit en face de lui puis tout à coup, après un moment de silence, il dit tout haut, un rien arrogant : « moi j’ai deux mamans ». Un blanc s’ensuivit, le wagon entier suspendait son souffle. Prise au dépourvu, j’ai souri, acquiescé un peu bêtement et la vie a repris, comme si de rien n’était.

Dans ce supermarché, à San Francisco, j’étais parée. Il m’avait déjà fait le coup, je ne me ferai pas surprendre une seconde fois. Je ne rougirai pas, je ne bégaillerai pas. Et pourtant… Cette dame qui empaquetait nos affaires lui répondit du tac-au-tac : « Moi aussi j’ai deux mamans !».

Il en fut soufflé, j’en fus soufflée.

Bienvenue à San Francisco les ami-e-s !

Votre lien avec votre pays d’origine

A quelle fréquence rentrez vous dans votre pays d’origine ?

Un fois par an, on essaye.

Avez vous prévu de revenir vivre dans votre pays d’origine un jour ?

Oui, je pense. Parce que c’est chez nous.

 

Conclusion

Avez-vous des conseils pour les futurs-expatriés ?

Amusez-vous, profitez, l’expatriation est un luxe, une opportunité incroyable de tester d’autres modes de vie.

Dans quel coin du monde rêvez vous de vivre ?

Vivre je ne sais pas, mais visiter je dirai l’Amérique du sud. Le grand nord, l’Islande, et plus encore.

Où aimeriez vous vivre une fois que vous serez à la retraite ?

Je ne sais pas. Le Vercors peut-être. On verra….

 

Retrouvez Lise sur Internet

Si vous voulez soutenir Lise et son projet « Les jouets n’ont pas de zizi », rendez-vous sur la page de la campagne de Crowdfunding !

Le site de l’école de Lise : http://www.leskidzsf.com/

Remerciements

Merci à Lise d’avoir pris le temps de répondre à toutes mes questions et d’avoir partagé avec nous sa vie californienne !

Vous avez des questions ?

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