L’interview de Lucile, au Burkina Faso

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Lucile est partie effectuer son stage de M2 au Burkina Faso (après avoir vécu en Allemagne). En parallèle, elle enseigne le français, l’espagnol et l’anglais pour des classes de collège.

 

 

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Où est-ce ?

Il s’agit d’une photo du Burkina Faso, en Afrique Noire.

Le Burkina Faso, littéralement « Pays des hommes intègres », est un pays d’Afrique de l’Ouest sans accès à la mer, entouré du Mali au nord, du Niger à l’est, du Bénin au sud-est, du Togo et du Ghana au sud et de la Côte d’Ivoire au sud-ouest. Ses habitants sont les Burkinabè. La capitale est Ouagadougou, située au centre du pays.

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Présentez-vous

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Je m’appelle Lucile Godeau, je viens de Valence (Drôme) en France, mais je n’y vis plus depuis déjà 4 ans et demi. Je suis célibataire sans enfants. Tout en préparant un M2 FLE à distance, je suis enseignante pour des classes de collège dans un lycée technique burkinabè en français et anglais, ainsi que professeur particulier en français, anglais et espagnol. En parallèle, je suis administratrice de projet dans une association pour la démocratisation et la décentralisation de la culture au Burkina. Pendant mon temps libre, je monte maintenant mon propre projet de bibliothèque dans mon quartier (Gounghin), qui manque clairement d’accès aux connaissances, et je suis d’ailleurs en pleine recherche de fonds. 😉 A côté de ça, je sors avec mes amis dans les maquis (les bars d’ici) pour boire des Brakina, et je vais courir sur le terrain de foot poussiéreux d’un lycée à côté de chez moi.

Vous et les blogs/sites

http://lilouteprendlaroute.blogspot.com/

J’ai commencé mon blog sans savoir vraiment ce que cela allait donner. Je partais au Burkina Faso, et je souhaitais, de manière simple et sympa, donner des nouvelles à ma famille et tous mes proches, sans avoir à personnaliser, sinon je ne m’en serais jamais sortie. J’ai donc commencé, puis, Radio France Bleue Drôme Ardèche a décidé de m’interviewer et a commencé à diffuser mon blog. De là, des gens ont commencé à me questionner sur la vie ici et me demander des conseils et de là, je me suis rendu compte que cela pouvait être utile, tant pour des personnes souhaitant venir dans le pays, que pour des gens simplement intéressés par le point de vue d’un expat’ différent de ce qu’on raconte trop souvent de l’Afrique, synonyme de pauvreté et d’images toutes plus atroces les unes que les autres. Avec la guerre au Mali voisin, la Côte d’Ivoire sortant tout juste d’un conflit ayant marqué les esprits au fer rouge et toutes les tensions qui grondent, il faut pouvoir donner une approche humaine et quotidienne du pays et de la zone.

Où vivez-vous actuellement ?

Actuellement, je vis à Ouagadougou, au Burkina Faso.

Dans quel cadre êtes-vous parti vivre à l’étranger ? Pour combien de temps ?

D’abord dans le cadre d’un stage dans une ONG pour les enfants de la rue à Ouagadougou, en tant que chargée de recherche de financements et administratrice de projet, pour mon Master 2 de Gestion de projets humanitaires (ACAH Chambéry). Maintenant, c’est parce que je souhaitais y revenir, donc c’est en tant qu’enseignante et administratrice. On verra pour la suite ! 🙂

Je suis ici depuis le mois de février (pour mon stage), et je m’y sens tellement bien, que je ne sais pas combien de temps encore. Comme je le dis, j’irai où le vent me portera (et ici, du vent, il n’y en a pas beaucoup ! 🙂 ).

Est ce la première fois que vous vivez à l’étranger ?

Non, j’ai déjà vécu en Italie, en Angleterre et en Allemagne, mais jamais en Afrique de l’Ouest.

Où viviez-vous en France ?

Je ne vivais plus en France, mais à Hambourg, en Allemagne, depuis 3 ans. J’y travaillais et j’étudiais en parallèle.

Pour quelles raisons vous êtes vous expatrié ?

Très bonne question !!! La première fois que je me suis expatriée, c’était par volonté de découvrir le derrière des frontières, pour cela je suis partie au sud de l’Italie pour une année (à Bari). Pour l’Allemagne, par amour, j’y ai suivi mon copain espagnol qui y avait trouvé du travail (en pleine crise de boulot en Europe !). Le Burkina Faso, c’est pour valider mon stage de Master 2, et j’ai choisi ce pays parce que depuis très longtemps il m’attirait et me faisait rêver. Je voulais pousser mes limites plus loin, pour voir si j’étais capable de supporter le choc et de m’adapter à tout. Apparemment, je tiens plutôt bien le choc ! 🙂

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Votre vie à l’étranger

Qu’est ce qui vous plait dans votre vie à l’étranger ? Qu’est-ce qui vous plait moins ?

J’aime être sans cesse dans la découverte de l’Autre. J’aime les défis, et devoir s’adapter à une culture si différente de la notre en est un. Il faut analyser les comportements, et tenter de faire tomber les barrières culturelles sans perdre sa propre identité. J’aime énormément le rapport à l’autre des burkinabè. Ils conservent un esprit de solidarité, de communauté, d’entraide, que nous avons malheureusement perdu dans le monde occidental.

Ici, ce qui me plait le moins, c’est d’être blanche (« nassara » en mooré). C’est un handicap très difficile à surmonter. Les aprioris sont tellement forts : richesse, beauté, intelligence, qu’il faut chaque jour passer son temps à expliquer que non, ce n’est pas ça pour tout le monde, et la couleur de peau ne peut en aucun cas traduire de l’intelligence, la richesse ou la beauté de quelqu’un. Dur héritage de la colonisation… Ce n’est pas gagné, mais je ne perds pas espoir ! 🙂

Quelles sont les caractéristiques de votre pays d’accueil ?

  • Le climat

Le climat se divise en deux saisons : la saison chaude, d’octobre à juin, et la saison des pluies, de juillet à septembre. Il y a tout de même des variations : le pire moment niveau chaleurs : février-mars-avril : on atteint des températures allant jusqu’à 50 en journée, et cela ne descend que de quelques degrés la nuit, rendant même insupportable de dormir.
De novembre à janvier, les températures sont de 35/40 en journée pour passer à 15/20 la nuit, ce qui est agréable pour dormir, mais pas pour la santé (les rhumes sont très fréquents à cette période !). En février, il y a aussi l’harmattan, qui crée des tourbillons de poussière et de sable impressionnants.

  • Le logement

Ce n’est jamais facile ici. C’est la crise du logement à Ouaga. J’ai été logé dans une petite case/maison chez l’habitant durant les 4 premiers mois, puis j’ai dû chercher un logement, un deux pièces dans la cour d’un imam avec l’eau au puit dans la cour et les wc/douche communs (un trou et un petit banc en bois). Maintenant, je vis dans les locaux de l’asso jusqu’en mars, avant de déménager à nouveau.

Pour la recherche, ici, c’est soit le bouche à oreille, soit tu connais quelqu’un dans le quartier qui connait lui même quelqu’un ou les réseaux, soit tu dois faire appel à un « démarcheur » comme on les appelle (ce que j’ai du moi-même faire la première fois). Ils tournent en moto dans les quartiers pour dégoter les offres (qui sont écrites à la peinture à la main sur les murs des maisons), ils notent les numéros et te font ensuite visiter en demandant une commission qu’il faut ardûment négocier.

  • La nourriture

Ici, ce n’est pas hyper varié. La nourriture de base est le thô (une sorte de pâte de farine de petit mil et de maïs), qui se mange avec une sauce qui, elle, change : sauce feuille, arachide, gonré, baabenda …
Ensuite, ce qui est aussi consommé au quotidien, c’est le riz : riz gras (avec des légumes et du poisson le plus souvent) et riz sauce, lui même accompagné, le plus souvent par la sauce arachide, ou bien sauce feuilles, sauce graine, sauce tomate, etc.
Pour le reste, il y a le yaourt local, ou encore le dégué, du yaourt dans lequel on ajoute du petit mil ou du couscous. On mange çà avec des beignets le matin, c’est trop bon !
Il y a les kurakura, des sortes d’anneaux à la pâte d’arachide, ou encore les mougoudougous, etc.
Le foutou, qui vient de Côte d’Ivoire est aussi très répandu. C’est une boule faite à base de banane, qui se mange avec les mêmes sauces que pour le thô. Bref, beaucoup de choses encore, mais je pense avoir fait le tour du plus commun.
Ce qui me manque le plus ? Le fromage le chocolat et le saucisson, bien sûr !!! Ici, on ne trouve rien de l’Europe ou presque dans les alimentations (les superettes locales). Si on veut un petit pot de Nutella à 10 euros, il faut aller dans le supermarché des libanais (il y a une énorme diaspora à Ouaga !) et ce n’est bien sûr pas à la portée de tous les expats, si vous voyez ce que je veux dire ! 🙂

  • La scolarisation

La scolarisation est obligatoire de 6 ans à 16 ans, mais ce n’est absolument pas le cas dans la réalité. Le Burkina Faso est l’un des pays où les taux de scolarisation et d’alphabétisation sont encore les plus faibles au monde. Il n’y a que 60% des enfants en âge d’être scolarisés qui fréquentent les établissements, dont très peu de filles, et beaucoup abandonnent dans le courant de l’année. Les niveaux sont calés sur le système français, allant du préscolaire (maternelle), primaire (avec cp1 et cp2 puis cm1 et cm2) et secondaire (collège, lycée), puis université.

  • Les vacances

Je n’ai de vacances qu’en décembre, pour les fêtes de Noël et lors de l’Aïd (suivant le calendrier musulman).

  • La santé

Ici, personne n’est assuré, car on vit au jour le jour, sauf les fonctionnaires qui sont assurés d’office par le gouvernement et qui sont considérés comme extrêmement chanceux et « riches » par le recte de la population. Il faut savoir plusieurs choses ici pour comprendre le contexte : le Burkina est un des pays les plus pauvres au monde, donc si l’on mange à sa faim aujourd’hui, c’est déjà très bien et on verra demain, si Dieu nous accorde d’être en vie. De plus, la prévention est un concept très occidental qui est très souvent incompris dans le pays. Pourquoi prévenir ? Il suffit de guérir ! Donc s’assurer pour la santé, pourquoi ? Les gens ne vont consulter (et ce aussi par manque de moyens) que lorsqu’ils sont aux portes de la mort, car tant que le mal est supportable, il faut rester debout, travailler, s’activer. Pour cela, il est très compliqué d’expliquer et de faire comprendre à la population l’utilité et la valeur d’une couverture santé et des bienfaits de la prévention sur la santé.

  • La conduite

Au niveau de la conduite, le permis français suffit, même s’il est mieux de se procurer le permis international. On roule à gauche sur le principe du code de la route français. Par contre, il y a beaucoup moins de voitures (réservées aux riches) que de motos (c’est l’un des pays avec le plus de motos au monde) et la circulation se fait … comme on peut ! Les feux sont respectés rarement, il n’y a jamais ou presque de marquages au sol, et cela si la route est goudronnée, ce qui n’est pas du tout le cas partout !

  • La censure

Avec un président au pouvoir depuis 27 ans et un nouveau Sénat créé depuis quelques mois, il ne reste qu’à s’imaginer la place de la liberté d’expression.

Qu’est-ce qui vous dérange le plus dans les mentalités et habitudes culturelles de votre pays d’accueil ?

Ce qui me dérange le plus c’est le rapport à l’argent que nous leur avons apporté et qui maintenant peut mettre en danger des relations amicales ou familiales pour seulement quelques FCFA. Les gens s’entraident énormément et la vie en communauté est toujours extrêmement forte, mais cette relation à l’argent, dans un contexte où la pauvreté est encore très forte et l’écart entre les riches et les pauvres et extrêmement important, devient parfois incontrôlable, mettant des amis ou des familles face à la trahison, à l’arnaque.

Avez-vous des habitudes ?

Oui, j’ai fini par prendre des habitudes locales : boire le Nescafé accompagné d’un sandwich à la viande hâchée le matin, prendre ma douche au gobelet, vivre dehors, etc.

Est-il facile de partir en weekend ?

Le Burkina Faso a des aspects touristiques souvent méconnus. Il existe de nombreux parcs naturels dans lesquels il est possible d’apercevoir des animaux sauvages de toutes sortes. Il est aussi possible de visiter des lieux comme les Pics de Sindou, les cascades de Banfora, les Dômes de Fabédougou, d’aller voguer en pirogue sur le lac des Hippopotames, de chevaucher un crocodile sacré, de traverser des villages et de s’y arrêter pour boire le dolo avec les vieux et de rire avec les habitants, petits et grands, qui aiment te poursuivre, te toucher et t’étudier du regard.

Pouvez-vous nous raconter une journée typique ?

Il est très difficile de sélectionner une anecdote, mais celle-ci est rigolote : un après-midi, je me promenais avec un ami burkinabè dans un six mètres (c’est le nom qu’on donne aux rues ici) non goudronné (une voie rouge comme on dit ici). Nous discutions de la nourriture, et de comment nous nous nourrissons en occident. Je lui explique que certains aiment aller au Mac Donald. Il me regarde d’un air interrogateur : Mak Dounal ? C’est quoi ? 🙂
Je lui demande : Tu ne sais pas ce que c’est ? Il me répond alors : Ben … Pour moi c’est un camion ! Je suis étonnée, et je lui demande de s’expliquer : il m’emmène alors, et nous nous retrouvons devant un camion peint à la main garé un peu plus loin (ici tous les panneaux sont peints à la main), sur lequel il est écrit « Chez Mac donald, hamburgers, frites, alocos ». Sûrement quelqu’un ayant eu un lien ou un voyage en Europe et ayant décidé d’appeler son « resto-ambulant » ainsi. Mais dans le pays, pas un seul de ces fast-foods. Il est tellement bon et risible de savoir que Monsieur Mac Donald n’a pas réussi à s’implanter (pas encore !) ici. Le plus dur est d’expliquer ensuite ce que c’est en partant de zéro, et d’exprimer la notion de marque que cela implique à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parlé et n’a jamais vu le fameux M que tout occidental saurait reconnaître parmi 10 000 M.

Pouvez-vous nous raconter une journée typique ?

Réveil matin au son de la prière de l’Imam du coin, douche fraîche, puis déjeuner au kiosque devant la porte de ma cour, avec un sandwich à 200Fcfa et un Nescafé à 100 Fcfa, à parler avec les vieux levés tôt pour la prière et les travailleurs qui partent à la même heure que moi. Je monte sur la moto pour me rendre au travail par la voie rouge, en évitant les bosses et les creux. J’arrive en classe face à mes 60/70 élèves, dans une classe où seuls les ventilateurs du plafond (quand il n’y a pas de coupure) nous font de l’air. Après ma matinée de cours, retour sur ma moto pour aller manger dans un kiosque un plat de riz à 200/300 Fcfa chez Claudine, la vieille qui tient le kiosque au coin du goudron qui me conduit à mon autre lieu de travail. Après avoir mangé mon assiette et rit avec les autres personnes présentes et Claudine, je repars pour aller de l’autre côté de la ville où je dispense des cours particuliers à des enfants d’expatriés. Après cela, je recherche une connexion internet pour écrire quelques mails et avancer mon projet bibliothèque qui se met doucement en place, puis je repars. Cette fois, c’est pour se détendre dans un maquis (c’est comme ca qu’on appelle les bars ici), où je partage des Brakina (la bière locale) avec mes potes, assis dehors sur des chaises en fer peintes en bleu, face à une table en fer bancale, bercés par le son des baffles à fond qui crachent leur musique reggae ou coupé-décalé en arrière-plan. Je rentre ensuite à la maison, me glisse sous ma moustiquaire sous le ventilateur pour m’endormir au son des poules du voisin qui caquètent et des chiens qui aboient au loin. A demain !
Le weekend, on s’assoit pour boire des pots en terrasse d’un maquis, ou on part en excursion en moto en brousse aux alentours de Ouaga pour essayer d’oublier le bruit et la pollution de la ville pour quelques heures.

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Votre adaptation

Votre intégration a-t-elle été facile ?

Depuis que je suis expatriée au sein de diverses cultures, je pense pouvoir dire que l’intégration n’est jamais facile au début. Il existe toujours un moment de décalage, culturel, linguistique ou autre. Il y a aussi toujours la solitude de départ, où l’on se retrouve confrontés à nous-mêmes, face à notre Moi. Il faut alors confronter ses propres racines, ses aprioris, son éducation, ses principes, à des conceptions différentes, voire opposées aux notres. Dans mon cas, le Burkina Faso m’a plongée dans un monde tellement différent du mien, que j’ai dû tester mes capacités d’intégration, de concessions face à des habitudes et une conception du monde et de la vie/la mort très loin de celle que j’avais côtoyé toute ma vie. Depuis les choses ont changé et je m’y sens comme chez moi. Les gens ont conservé des principes de solidarité, d’entraide, de respect de l’Autre, que nous avons malheureusement en occident.

Avez-vous rencontré facilement les gens du pays ?

J’ai rapidement rencontré des gens du pays, car ma mission m’immergeait dans un contexte où il était nécessaire de m’intégrer pour le bon déroulement de mon stage. Le quartier dans lequel je travaillais et logeais était très excentré, comme un village en périphérie de Ouagadougou, où j’étais la seule blanche à des kilomètres. Au niveau amical, j’ai très rapidement rencontré des gens, mais j’ai mis un peu plus de temps à leur donner ma confiance.

Voyez vous / côtoyez vous d’autres français sur place ?

Au départ je n’en ai pas eu l’occasion, mais maintenant j’ai quelques amis français sur place.

Vous-êtes vous facilement adapté à votre nouveau pays ?

Plutôt facilement, même si ce n’est jamais totalement simple.

Connaissez-vous la langue du pays ?

La langue officielle est le français, mais les gens parlent (à Ouagadougou) le mooré dans le quotidien, et il est très fréquent que les gens ne comprennent pas le français. Je ne connaissais pas la langue du pays en arrivant (le mooré/ le djoula), et je prends des cours qui me permettent maintenant de communiquer un minimum.

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Votre lien avec la France

Face à quelle mentalité/habitude/défaut français êtes-vous plus clément, avec le recul d’habiter à l’étranger ?

Mon expatriation au Burkina Faso m’a éloignée d’autant plus de la mentalité française. J’ai beaucoup de mal à trouver ce sur quoi je pourrais être plus clémente, d’autant que le comportement de certains français sur place ne m’aident pas toujours à rester objective. Je suis malgré tout heureuse d’être issue d’un pays ayant un système social un minimum équitable et un respect de la femme qui n’est pas le même partout.

A quelle fréquence rentrez vous en France ?

Une fois par an.

Avez vous des contacts réguliers avec votre entourage resté en France ?

Oui j’ai des contacts plus ou moins réguliers, environ 3 à 4 fois par semaine, avec ma famille, selon les aléas locaux au niveau des communications car ici les coupure d’électricité et d’internet sont fréquentes.

Avez vous prévu de revenir vivre en France un jour ?

Pour le moment, je ne me sens pas de repartir en France, car je ne m’y trouve pas à ma place. Je pense qu’un jour, peut être, cela changera, mais d’ici là je cherche ma place ailleurs.

Et pour finir…

Avez-vous grandit ou évolué depuis votre départ ?

Oui, j’ai énormément évolué. Tout voyage est un voyage dans l’espace mais aussi un voyage dans notre propre tête. Se confronter à ces idées si différentes des notres permet de s’ouvrir, et de mieux comprendre ce qu’on ne palpait pas de l’autre côté du monde. L’interculturalité, le choc des sociétés, nous oblige sans cesse à nous remettre en question sur notre vision de la vérité, de ce qui est bien ou mal, de la souffrance, la vie, la mort et de la liberté que j’ai toujours défendue et continuerai à défendre avec ardeur, mon féminisme sous le bras. Mon rapport au monde, aux gens, aux choses et à moi-même a beaucoup changé. Je ne vois plus le monde avec le même regard. Lorsqu’on est confronté à la mort, la souffrance quotidienne, qui ici sont considérées comme des éléments qui se devaient d’avoir lieu et qu’il faut dépasser, on n’a plus du tout le même rapport au deuil, à la maladie. Ici, les gens prennent sur eux pour aider ceux qui ont encore plus besoin qu’eux-mêmes, au détriment de leur propre santé ou leur propre bien-être s’il le faut. J’apprends donc chaque jour un peu plus de ces comportements, tout en ne me perdant pas et ne perdant pas mes racines malgré tout. C’est un long parcours, car il remet en cause de nombreux principes de notre civilisation, ainsi que mon individualisme acquis depuis maintenant presque 27 ans. Mais ce n’est pas grave, j’ai le temps, et l’erreur reste humaine.
La culture, les traditions sont à la base des rapports humains et c’est en s’y plongeant que les choses pourront avancer en profondeur.

Avez-vous des conseils pour les futurs-expatriés ?

Il faut prendre son temps, et ne pas avoir peur de se remettre en question. Beaucoup de choses que l’on pense innées, sûres et véridiques dans notre culture sont beaucoup moins évidentes dans d’autres cultures.

Comment vous voyez-vous dans 5 ans ?

J’ai du mal à me projeter si loin, mais je me vois toujours expatriée, ici ou ailleurs, suivant ce qui s’est présenté sur mon chemin.

Comment vous voyez-vous dans 20 ans ?

Déjà 5 ans c’est dur, mais 20 ! Je me vois enrichie de mes expériences, vivant en harmonie avec les gens qui m’entourent et la nature, dans un lieu qui m’est encore inconnu mais que je trouverai, c’est sûr !

Comment préparez vous votre retraite ?

Je ne la prépare pas, je vis plutot au jour le jour, on verra de quoi demain sera fait. C’est un défaut aux yeux de certains, mais aussi une qualité, car cela enlève beaucoup de soucis qui pourraient planer au dessus de ma tête.

Dans quel coin du monde rêvez vous de vivre ?

Dans le coin qui voudra bien de moi. Un endroit où la nature (humaine, faune et flore) est proche de moi et où je sens que ma présence peut être utile aux autres.

Retrouvez Lucile sur son blog

Le blog de Lucile : http://lilouteprendlaroute.blogspot.com/

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Remerciements

Merci à Lucile d’avoir pris le temps de répondre à toutes mes questions et d’avoir partagé avec nous sa vie au Burkina Faso !

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Si vous souhaitez poser des questions à Lucile sur son interview, n’hésitez pas à lui laisser des commentaires sous cet article. Elle se fera un plaisir d’y répondre !

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