L’interview de Jennifer, en France

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Jennifer est une américaine qui vit en France depuis 10 ans. Découvrez sa vie et vision des deux pays !

 

 

 

 

FranceOù est-ce ?

Il s’agit de la plage de Bray-Dunes.

 

Découvrez son interview

Carte d’identité

Prénom : Jennifer
Age : 32 ans
Situation personnelle : Mariée avec un enfant
Situation professionnelle : Bibliothécaire de formation, maman au foyer actuellement
Pays et ville d’origine : Cleveland, Etats-Unis
Pays et ville d’accueil : Banlieue de Lille, France
Motif de l’expatriation : J’ai suivi mon conjoint
Type et durée du visa : J’ai acquis la nationalité française

Qui êtes-vous ?

Je suis Jennifer, américaine en France depuis dix ans.  Je suis venue passer un an à Paris dans le cadre de mes études, à l’âge de vingt ans. Je n’avais pas du tout le projet de rester plus qu’un an. Au départ, mes parents m’ont dit, “Surtout tu ne reviens pas avec un petit ami français !”. Mais les enfants n’écoutent pas leurs parents, et après avoir fini mes études aux Etats-Unis, je suis retournée en France pour être avec mon futur mari. J’ai une formation de bibliothécaire, mais sans la nationalité française, je n’avais pas le droit de passer le concours de bibliothécaire. J’ai trouvé quelques emplois de courte durée dans des bibliothèques mais rien de vraiment intéressant. Maintenant je donne quelques cours particuliers d’anglais, et surtout je m’occupe de ma fille.

Où vivez-vous actuellement ?

Je vis actuellement dans la banlieue de Lille, après avoir passé un an à Paris et quatre ans en Seine-et-Marne.  En tout, ça fait 10 ans que je suis en France – toute ma vie adulte.

La Grand Place de Lille, à Noël

La Grand Place de Lille, à Noël

Comment était votre vie dans votre pays d’origine ?

J’ai quitté les Etats-Unis pour la première fois à 20 ans, et encore une fois juste après la fin de mes études à 23 ans. J’ai passé mon enfance dans l’Ohio, près du Lac Erié, et j’ai fait mes études à Chicago, sur un campus au bord du Lac Michigan. Le Midwest – et surtout la région autour des Grands Lacs – est très beau ! L’hiver est un peu rude mais ne dure pas trop longtemps (à part cette année apparemment…), et j’adorais être dehors, dans la nature. Et la vie d’étudiant sur un campus américain… il n’y a rien de mieux !

Pour quelles raisons vous êtes vous expatrié ?

Je suis partie en France la première fois parce que j’avais appris le français au lycée (où l’apprentissage d’une langue était obligatoire) et à l’université. J’avais envie de voir une autre partie du monde et d’utiliser cette langue que j’avais passé tellement de temps à apprendre. Et puis je suis revenue pour être avec mon futur mari !

Comment s’est passé votre départ ?

Quand j’étais étudiante, je suis partie avec une valise. Quand je suis partie pour rejoindre mon fiancé, j’ai pris deux valises. Avec chaque aller-retour aux Etats-Unis, je ramène toujours quelques affaires… Comme je venais tout juste de finir mes études, je n’avais pas trop de choses, pas de meubles…

Comment se sont passées les premières semaines sur place ?

La première fois, j’avais une famille d’accueil avec qui je m’entendais très bien. Les employés de mon programme d’échanges étaient toujours prêts à aider aussi. Je me souviens d’une liste de consignes qu’ils nous ont donnée : fermer la porte des toilettes, par exemple, ou ne pas prendre le petit-déjeuner après 10h. Beaucoup de commerces ferment le midi et le dimanche – c’est vraiment surprenant pour les Américains. Mais les adaptations les plus difficiles ne pouvaient pas être expliquées sur une liste – le manque de “customer service”, le fait de ne pas sourire aux gens qu’on ne connaît pas… Ça nous donne l’impression que les Français sont beaucoup moins sympathiques que les Américains ! Ce n’est pas le cas, mais faire des amis, ça prend beaucoup plus de temps en France. Je pense que c’est pour ça que les étudiants étrangers en France restent souvent entre eux…

Qu’est ce qui vous plaît dans votre vie à l’étranger ? Qu’est ce qui vous plaît moins ?

J’aime beaucoup les villes françaises où on peut se déplacer sans voiture ! Aux USA on doit toujours prendre sa voiture puisque rien n’est adapté aux piétons (à part dans les très grandes villes). Ici ma ville a une population de 7000 environ, mais je peux quand même faire des courses à pied, accompagner ma fille à l’école en vélo, prendre le bus pour aller rapidement à Lille. C’est tellement mieux pour la santé, pour l’environnement, et tout simplement pour croiser des gens et ne pas se sentir isolé chez soi ou dans sa voiture !

Ce qui me plaît moins : les crottes de chiens partout sur les trottoirs, c’est dégoutant. C’est un manque de respect pour la ville et ses habitants. Autre chose que je n’aime pas – ce n’est toujours pas facile de se faire des amis. J’ai l’impression que beaucoup de gens ici n’ont jamais quitté le Nord, ils sont dans la même ville depuis des générations, et ils n’ont pas vraiment envie de connaître des gens de l’extérieur. Nos amis ici viennent presque tous d’autres régions de France.

Par rapport à votre pays d’origine, qu’est ce qui est mieux ? Qu’est ce qui est moins bien ?

Les transports en commun, les villes accessibles pour les piétons, le système de santé, et la quasi-interdiction des armes à feu, c’est mieux ! Ce qui est moins bien – le climat (j’en ai marre de la pluie !), le manque de “customer service”, et pour moi qui voulais être bibliothécaire, le peu de bonnes bibliothèques !

Quelles sont les caractéristiques de votre pays d’accueil ?

  • Le climat

La pluie et la grisaille, ça dure des semaines et on n’est jamais sûr d’avoir un “vrai” hiver ni un “vrai” été. Les saisons me manquent.

  • Un atelier pour enfants au nouveau musée du Louvre-Lens

    Un atelier pour enfants au nouveau musée du Louvre-Lens

    La nourriture

La nourriture française, c’était une révélation pour moi. “La mayonnaise, c’est censé avoir ce goût là !  Une clémentine, en fait c’est juteux !  C’est ça le pain frais !  Et il n’y a pas que deux fromages, jaune et blanc !”  Je ne comprends pas pourquoi les Américains mangent si mal.  Dans l’Ohio au moins, les fruits et légumes coûtent en général assez cher, viennent de la Californie et sont souvent pas très bons après leur voyage. Et dans tout le pays, les Américains mangent beaucoup trop de produits industriels. (Un jour j’ai essayé d’expliquer à ma mère d’accueil en France pourquoi tout a un meilleur goût en France, et j’ai dit que les aliments américains sont pleins de préservatifs.  Quand elle a arrêté de rire, elle m’a appris le mot “conservateur”.  Oups.)  Au niveau de la nourriture, il n’y a rien qui me manque, à part quelques épices qu’on ne trouve pas en France.  On me dit qu’il y a de plus en plus d’Américains qui se rendent compte qu’ils mangent mal et que beaucoup de gens commencent à consommer local et de façon plus intelligente… Tant mieux !

  • La scolarisation

J’aime bien l’école publique en France. Ma fille est bilingue (son papa français lui parle uniquement en français, et moi je lui parle uniquement en anglais), et elle s’ennuie déjà un peu quand sa maîtresse de CP leur fait apprendre quelques mots d’anglais.  Ce n’est que le début…

  • Les vacances

Les cinq semaines de vacances en France, c’est magnifique. Nous partons tous les étés aux Etats-Unis pendant longtemps, et ça nous permet d’avoir un bon équilibre entre les deux cultures et les deux langues. Si on habitait aux Etats-Unis, on n’aurait pas cet équilibre…

  • La santé

C’est tellement plus simple qu’aux Etats-Unis ! J’espère que Obamacare va améliorer les choses un peu, donner accès aux soins à beaucoup plus de gens, mais le système français reste moins cher et beaucoup mieux.  (Si dans cette interview, je suis censée donner envie aux Français de partir vivre à l’étranger, je pense que je rate mon coup…).

  • La conduite

Pour les Américains, la possibilité de pouvoir “échanger” son permis américain dépend de l’état d’où on vient ! J’ai eu de la chance : l’Ohio a passé un accord avec la France pour les permis peu de temps avant que j’arrive en France.

  • Ce qui coûte cher dans votre pays d’accueil / ce qui ne coûte pas cher

Les médicaments, les actes médicaux, les fruits et légumes ne coûtent pas cher par rapport aux prix américains. L’immobilier, par contre, est très cher, partout en France.

Bouvines, un petit village à côté de Lille

Bouvines, un petit village à côté de Lille

Qu’est-ce qui vous dérange le plus dans les mentalités, les habitudes culturelles du pays ?

Les Français, tout le monde le sait, sont des râleurs ! Les Américains ont tendance a essayer de voir le côté positif dans tout. Les étrangers peuvent trouver notre bonne humeur un peu fausse, mais c’est quand même agréable..

Avez-vous des «habitudes» ?

J’ai adopté beaucoup d’habitudes françaises. Beaucoup de mes premières expériences de vie adulte ont eu lieu en France – la location d’un appartement, l’achat d’une maison, le premier vrai emploi, l’éducation d’un enfant… J’aurais eu du mal à adopter des habitudes américaines dans ces domaines alors que je suis entourée de Français…

Y’a-t-il beaucoup de choses à visiter aux alentours ?

Oui, il y a beaucoup de choses à visiter! Quand il fait beau (OK, c’est pas très souvent…) nous trouvons plein de choses à faire dans la métropole Lilloise. Et nous ne sommes pas loin de la Belgique, de l’Angleterre, de Paris…

Des briques, des briques... tout est en briques dans le Nord !

Des briques, des briques… tout est en briques dans le Nord !

Pouvez-vous nous raconter une journée typique ? De travail puis une journée de weekend ?

Maman au foyer, je suis le rythme scolaire ! 8h30, 11h30, 13h30, 16h30, j’accompagne ma fille à l’école en vélo. Un jour par semaine, deux autres enfants franco-américains viennent manger chez nous le midi. Le mercredi il y a les cours d’art plastique et musique. Je fais du bénévolat pour une association. Je donne quelques cours d’anglais. Ma fille invite souvent des copains à jouer à la maison. Ma fille et moi comptons commencer à apprendre un instrument en septembre, la flute pour elle, le cor pour moi. Je ne m’ennuie pas !

Votre adaptation

Votre intégration a-t-elle été facile ?

La première fois, quand j’étais étudiante, c’était plus difficile – je ne connaissais pas grand chose de la France, et même si je parlais plutôt bien la langue, les différences culturelles n’arrêtaient pas de me surprendre. La deuxième fois, quand je suis venue rejoindre mon fiancé, c’était beaucoup plus facile.  Je savais à quoi m’attendre. En plus, je faisais du bénévolat dans une association qui aide des demandeurs d’asile. Par rapport à ces gens qui avaient quitté leur pays dans l’urgence, souvent sans ressources, ne sachant pas s’ils allaient pouvoir retourner un jour, je ne pouvais pas oublier que j’ai beaucoup de chance dans la vie et que les petits désagréments ne sont vraiment pas graves.

Avez vous rencontré facilement les “gens du pays” ?

J’avais rencontré mon futur mari une fois aux Etats-Unis avant de partir en France, ce qui nous a permis de nous retrouver en France… Mais en général je dirais qu’il est difficile de faire la connaissance des Français quand on n’a pas déjà un petit lien, un ami en commun.

Voyez vous / côtoyez vous d’autres personnes de votre pays d’origine sur place ?

La pluie... toujours la pluie...

La pluie… toujours la pluie…

Oui, nous avons croisé une famille franco-américaine qui venait d’arriver dans notre petite ville quand nos enfants ont commencé à jouer ensemble dans un parc. Ils étaient vraiment surpris de trouver d’autres américains aussi rapidement ! Mais il y a beaucoup d’américains en France.

Connaissez-vous la langue du pays ?

J’ai eu la chance de commencer à étudier le français à l’âge de 14 ans et d’avoir une prof de français qui faisait vraiment travailler ses élèves ! Après quatre ans de français au lycée, je me débrouillais suffisamment bien en français pour pouvoir partir en France et communiquer.

Votre lien avec votre pays d’origine

A quelle fréquence rentrez vous dans votre pays d’origine ?

Tous les étés, pour voir mes parents, pour profiter d’un VRAI été où il fait chaud, et pour que ma fille se sente un peu américaine quand même !

Avez vous des contacts réguliers avec votre entourage resté dans votre pays d’origine ?

Bien sûr ! Et c’est tellement plus facile de rester en contact maintenant qu’il y a 10 ans – l’internet haut débit à la maison, appels illimités vers l’étranger…

Avez vous prévu de revenir vivre dans votre pays d’origine un jour ?

Il y a de bonnes chances… Mon mari, ma fille et moi, nous en avons tous envie. Pour moi, ce serait surtout pour le travail et pour être plus près de ma famille.

La Grand Place de Lille

La Grand Place de Lille

Conclusion

Avez vous évolué ou grandit depuis votre départ ?

J’ai beaucoup changé depuis l’âge de 20 ans ! Un des avantages d’être expatrié, c’est d’avoir toujours deux perspectives sur tout. On ne peut plus croire qu’il y a une seule et bonne façon de faire quelque chose. On est, et on sera toujours, plus ouvert.

Avez-vous des conseils pour les futurs-expatriés ?

Pour les Français : arrêtez de râler, vous avez un pays qui a énormément de côtés positifs. Pour ceux qui viennent en France : faites attention aux crottes de chien !

Comment vous voyez vous dans 5 ans ?

J’aimerais trouver un emploi que j’aime mais toujours avoir du temps pour ma fille… le pays n’est pas important !

Où aimeriez vous vivre une fois que vous serez à la retraite ?

J’aimerais vivre dans un endroit où il ne pleut pas tous les jours… Pourquoi pas un retour vers les Grands Lacs ?

La forêt de Palingbeek, en Belgique

La forêt de Palingbeek, en Belgique

Remerciements

Merci à Jennifer d’avoir pris le temps de répondre à toutes mes questions et d’avoir partagé avec nous sa vie française !

Vous avez des questions ?

Si vous souhaitez poser des questions à Jennifer sur son interview, n’hésitez pas à lui laisser des commentaires sous cet article. Elle se fera un plaisir d’y répondre !

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