L’interview de Damien, en Birmanie

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Damien, 25 ans, étudiant en management international est parti faire un échange universitaire en Birmanie. Il nous raconte son expérience de vie à Rangoon.

 

 

 

 

birmanieOù est-ce ?

Cette photo représente Shwedagon, en Birmanie.

Découvrez son interview

Carte d’identité

Prénom : Damien
Age : 25 ans
Situation professionnelle : Etudiant Master 2 Management International parcours Echanges avec l’Asie
Pays et ville d’origine : Strasbourg, France
Pays et ville d’accueil : Rangoon, Birmanie
Date de début d’expatriation : Avril 2014
Type et durée du visa : Visa B de 70 jours, puis autorisation temporaire de rester sur le territoire
Motif de l’expatriation : stage à l’étranger de 6 mois
Blog http://asieautrement.net/

Présentez-vous ?

Je m’appelle Damien et je suis originaire de Strasbourg en France mais je me suis beaucoup déplacé, que ce soit pour les études, des stages ou des voyages. Je suis étudiant en Master Management International parcours Echanges avec l’Asie. Je suis passionné par l’Asie et par le cinéma et à terme je souhaiterai combiner ces deux passions et travailler entre l’Europe et l’Asie dans le domaine du cinéma.

Quelle est l’adresse de votre blog ?

http://www.asieautrement.net

Comme le nom l’indique, l’idée est de décrire l’Asie autrement. Ainsi j’essaie de parler de choses un peu plus originales que simplement raconter mon voyage en Thaïlande, d’autres bloggeurs font ça mieux que moi, et je parle ainsi de mon voyage à la frontière avec la Corée du Nord, d’un parc à thème un peu absurde à Pékin, d’un bowling fantôme tout droit sorti des années 1970 au centre de Rangoon en Birmanie ou encore de cinéma en essayant de faire découvrir la richesse du cinéma asiatique aux néophytes. Le tout avec un peu de cynisme.

Où vivez-vous actuellement ?

Je me suis déjà expatrié en Angleterre durant 8 mois ainsi qu’en Chine durant 8 autres mois et je suis actuellement à Rangoon en Birmanie (officiellement Myanmar depuis 1989) pour effectuer mon dernier stage de Master pendant 6 mois. Je suis actuellement dans une agence de voyages qui propose des voyages en Birmanie, dans le département Marketing.

 

Votre vie avant votre expatriation

Comment était votre vie dans votre pays d’origine ?

Même en France j’avais la bougeotte et changeait de ville tous les ans, donc je n’ai pas grand chose (pas de maison, voiture, etc.) et j’ai l’habitude de quitter ma famille pour plusieurs mois. On s’arrange toujours pour se donner rendez-vous quelque part tous les 6 mois maximum.

Pour quelles raisons vous êtes vous expatrié ?

Ma passion pour l’Asie me pousse à y retourner à chaque fois, à reprendre ma bouffée d’oxygène ici.

 

Votre vie à l’étranger

Comment s’est passé votre départ ?

J’ai l’habitude de bouger souvent et je voyage donc léger, avec une petite valise d’une dizaine de kilos et un petit sac à dos. Si il me manque des choses, il suffit de les acheter sur place.

Comment se sont passées les premières semaines sur place ?

Je suis arrivé en plein durant le mois le plus chaud, avec plus de 40 degrés, et j’ai mis quelques temps à m’habituer à la chaleur. Surtout que lors des grosses chaleurs, il y a de nombreuses coupures de courant. On se retrouve alors sans air conditionné et sans accès possible aux serveurs au bureau donc il faut prendre son mal en patience. Mais la gentillesse des gens ici aide à surmonter toutes les difficultés.

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Les caractéristiques de votre pays d’accueil

La Birmanie ne s’est vraiment ouverte qu’en 2012 et on ne croise pas des expatriés à chaque coin de rue comme à Pékin ou à Bangkok. Le confort n’est pas le même également. Mais il y a une atmosphère ici, on sent qu’un changement est en train de se produire, même si on ne sait pas encore exactement quoi, et c’est une chance de pouvoir en faire partie.

  • La mentalité des locaux

C’est une des richesses du pays. Les habitants sont vraiment accueillants et souriants et c’est un plaisir que de parler avec les gens ici. Ce n’est pas comme dans d’autres pays d’Asie où l’on essaiera de vous arnaquer parce que vous êtes un étranger. Ici tout est beaucoup plus relax et on apprend à sourire, surtout lorsqu’on vient de Chine.

  • Le climat

Le climat n’est pas facile tous les jours mais on s’adapte. Lorsque je suis arrivé en avril c’était la grosse chaleur avec 40 degrés. Maintenant on arrive sur l’été et donc sur la saison des pluies. Rangoon est particulièrement touchée par la mousson et il n’est pas rare de voir les rues inondées, l’eau jusqu’aux mollets. Le parapluie est l’accessoire indispensable lors de toute sortie.

  • Le logement

Trouver un logement à Rangoon est un casse-tête et les appartements sont excessivement chers par rapport à leur confort. Il faut payer environs 500 dollars par mois pour un appartement correct. Heureusement mon entreprise fourni le logement et je n’ai pas eu à m’occuper de cela.

  • La nourriture

Ici on mange beaucoup de currys. C’est un des plats typiques du pays qu’on mange le plus souvent avec du poulet et du chili. Le bœuf n’est pas très consommé par les birmans, car ils considèrent que les bœufs aident énormément au travail des champs et à la récole du riz et que par respect il ne faut donc pas manger de cet animal puisqu’il aide les humains. Mais mon plat préféré reste le mouton, que ce soit en brochette ou en curry, c’est vraiment ma découverte ; je n’en mangeai jamais en France mais ici il est cuisiné différemment et excellent. Et lorsque soudainement je suis en manque de cuisine française, il y a un excellent restaurant français qui propose des steaks au poivre.

  • La conduite

La conduite ici est assez… déroutante. Les voitures roulent à droite, mais ont également le volant à droite ! Ce qui est assez peu pratique pour doubler. Les bus ont donc leur porte du côté gauche et les gens descendent au milieu de la route. Un employé reste debout à côté de la porte et informe le conducteur lorsqu’il peut doubler. Sans parler du fait qu’il y a des gens un peu partout, entassés dans les bus comme dans une sorte de Tétris humain, avec des gens dans le coffre des taxis ou sur les toits des camions. Et puis les motos sont interdites à Rangoon. C’est la seule ville d’Asie du Sud-Est sans moto et cela fait un peu bizarre au début. Le permis international est nécessaire pour les étrangers pour rouler ici. Mais le taxi est bien pratique, surtout que Rangoon est une ville extrêmement embouteillée.

  • La censure

Oui forcément il y a toujours de la censure. Mais la situation s’est énormément améliorée ces dernières années. On voit des portraits d’Aung San Suu Kyi dans la rue. On peut même accéder à Youtube, Facebook, etc. ce qui n’est pas le cas en Chine. A condition d’avoir une connexion à Internet… Mais certains sujets sont toujours extrêmement tabous, tel que les conditions de vie des musulmans à la frontière avec le Bangladesh par exemple.

  • Ce qui coûte cher / ce qui ne coûte pas très cher

Louer un appartement est très cher. De même pour avoir une connexion à Internet (je n’en ai pas chez moi) ou une carte SIM. Il faut compter environ 100 dollars pour une carte SIM ici. Mais d’ici la fin de l’année 2014, Ooredoo et Telenor vont s’installer en Birmanie et proposer des cartes à 2 dollars, apparemment. Sinon la vie de tous les jours (taxi, nourriture, etc) n’est vraiment pas chère.

  • Est-il facile d’emprunter ?

Le système bancaire n’est pas très développé ici et même trouver un ATM (distributeur de billets) qui fonctionne est parfois hasardeux. Le mieux est de ramener des dollars et de les changer ici, mais les billets doivent être neufs et en excellent état ou ils seront refusés…

 

 

Qu’est-ce qui vous dérange le plus dans les mentalités, les habitudes culturelles du pays ?

Ce n’est pas quelque chose qui me dérange personnellement mais je sais que cela dérange parfois quelques étrangers : les hommes birmans – et particulièrement les chauffeurs de taxis – ont l’habitude de mâcher du bétel toute la journée, ce qui non seulement leur rend les dents complètement rouges mais surtout les font énormément saliver et cracher un liquide rougeâtre.

Est-il facile de partir en weekend ?

Un des problèmes de la Birmanie est le manque d’infrastructures et se déplacer prend beaucoup de temps. Néanmoins depuis Rangoon en prenant le bus (environ 5 heures) on peut se rendre à la plage de Ngwe Saung ou encore au Rocher d’Or (environ 3 heures). Sinon en partant le vendredi soir avec le bus de nuit et en revenant le dimanche soir avec le bus de nuit on peut passer deux jours à Bagan à admirer la vallée et ses plus de 2000 temples… Le train est toujours le même depuis la colonisation britannique et est donc extrêmement lent, il est donc préférable de voyager en bus de nuit, certains sont très confortables. L’avion est également une alternative intéressante mais beaucoup plus cher (une centaine de dollars pour un aller contre une vingtaine en bus). Les endroits les plus touristiques de Birmanie sont Rangoon, Bagan, Mandalay et le lac Inle et sont tous joignables soit en bus ou en avion. Si le temps le permet je conseil de visiter Hpa An également (environ 7 heures de bus depuis Rangoon).

Racontez nous une anecdote ?

Des petites choses de la vie : parfois le magasin du coin me rend la monnaie en café ou en bonbons lorsqu’il n’a pas de petites coupures. Dans les restaurants de rue, on fait un bruit de bisou pour appeler les serveurs.

Pouvez-vous nous raconter une journée typique ?

Une journée de travail typique : je quitte mon appartement à 8h30, je prend un taxi et me rend au bureau où je commence à 9h et je termine entre 18h et 19h. Rien d’exceptionnel. Le week-end on essaie de tester de nouveaux restaurants ou on va dans ceux qu’on connaît déjà manger des barbecues, des chappattis, des currys, etc. Ensuite je me rend au magasin de DVD local acheter les dernières nouveautés ; souvent des films asiatiques, parfois quelques films américains. Puis le soir on va boire quelques bières dans des restaurants de rue ou des gin tonic dans les bars de Rangoon. Et puis pour ceux qui se demandent, oui il y a quelques boîtes de nuits à Rangoon également.

Rangoon

Rangoon

 

Votre adaptation

Votre intégration a-t-elle été facile ?

J’ai eu la chance de partir une semaine avec toute l’équipe entre Bagan et Mandalay. J’étais le seul étranger et j’ai pu vraiment apprendre énormément sur les birmans et leurs habitudes ainsi que sur mes collègues. Au début on pense que tout est différent ici, mais au niveau des contacts humains, au final nous sommes tous les mêmes. Cela a beaucoup aidé dans mon intégration dans l’équipe et dans ma compréhension du pays.

Voyez vous / côtoyez vous d’autres personnes de votre pays d’origine sur place ?

Notre Master étant spécialisé sur l’Asie on est tous un peu disséminé à droite à gauche sur le continent et le hasard a fait que deux autres de mes camarades de Master soient également à Rangoon. De plus parmi tous les pays européens la communauté francophone est la plus représentée ici.

Connaissez-vous la langue du pays ?

Non je n’ai pas pris de cours, les horaires des cours ne sont pas pratiques pour moi et les cours sont assez chers. J’ai appris les basiques : bonjour, merci, négocier le tarif du taxi, commander du riz ou des nouilles, etc.

Trishaw

Trishaw

Votre lien avec votre pays d’origine

Face à quelle mentalité/habitude/défaut de votre pays d’origine êtes-vous plus clément, avec le recul d’habiter à l’étranger ?

La qualité de vie en France est indéniable, surtout en ce qui concerne les soins. En France on a l’habitude de râler, mais au final ici les gens auraient 100 fois plus de raisons de râler. On apprend à apprécier la qualité de vie française, même si la qualité de vie en Asie a ses avantages également (on peut manger dehors deux fois par jour sans avoir à cuisiner, se déplacer en taxi, etc.).

Avez vous des contacts réguliers avec votre entourage resté dans votre pays d’origine ?

Je n’ai pas de connexion Internet chez moi mais j’essaie d’utiliser Skype ou FaceTime une à deux fois par semaine, au bureau après mes horaires de travail.

Ve_lo

Ve_lo

Conclusion

Avez vous évolué ou grandit depuis votre départ ?

Chaque destination, chaque voyage nous fait évoluer. En vivant en Birmanie on apprend à prendre du recul par rapport à notre mode de vie ultra connecté (wifi, 3G, télévision, tablette, etc.) et cela joue énormément sur le tempérament des gens, moins stressés, plus ouvert vers l’autre. Et on apprend également qu’en France cela peut paraître normal d’ouvrir un robinet et d’avoir de l’eau – encore mieux de pouvoir la boire – mais ici ce n’est pas normal pour tout le monde.

Avez-vous des conseils pour les futurs-expatriés ?

C’est le parfait moment pour venir à Rangoon et observer de l’intérieur les transformations qui sont en train de s’opérer ! Comme je le raconte dans mon blog, Yangon n’est pas spécialement une ville moderne. Plutôt une sorte de jungle urbaine avec des bâtiments coloniaux un peu décrépis et des balcons qui ressemblent à des cages d’acier. Les trottoirs sont de véritables gruyères et la nuit les chiens errants investissent la rue. C’est l’Asie, mais pas celle de Shanghai ou Singapour. Pourtant une certaine atmosphère s’en dégage. Yangon est une ville romanesque.

Dans quel coin du monde rêvez vous de vivre ?

L’Asie, toujours l’Asie.

Retrouvez Damien sur son blog

Le blog de Damien : http://asieautrement.net/

asieautrement

Remerciements

Merci à Damien d’avoir pris le temps de répondre à toutes mes questions et d’avoir partagé avec nous sa vie en Birmanie !

Vous avez des questions ?

Si vous souhaitez poser des questions à Damien sur son interview, n’hésitez pas à lui laisser des commentaires sous cet article. Il se fera un plaisir d’y répondre !

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